Le Maitre

Je m’appelle Carlos David Hozoïn Nakayama Gomes Santos. Je suis un guerrier du Clan Hozoïn, Disciple de Maître Otoshiro Nakayama et capitaine de la garde.

Je suis le 32ème Maître Héritier du

ZenSho Shorinji Kenpo Ryu – Ryukyu Kushin Kobujutsu.

Toute ma vie je protégerai mes frères et soeurs du Kenpo.

Je profite de cet espace pour remercier tous ceux qui régulièrement suivent mes enseignements et sachez que je serais toujours là pour vous aider dans votre progression.

 

Kyoshi Carlos Santos
4e Dan Gardien des Secrets
ZenSho Shorinji Kenpo Ryu
Ryukyu Kushin Kobujutsu

L'aventure du kenpo commença pour Maître Santos en 1980... Il fût le plus jeune premier DAN de l'histoire du Kenpo moderne, honneur qu'il reçut à 16 ans. Sa formation fût celle d'un guerrier... beaucoup de pratique, peu de paroles.

quelques dates

1970 - naissace

1971 - echape miraculeusement à la mort

1978 - Accident de voiture. la mort me rate de peu

1980 - Débuts en kenpo

1984 - Désigné Héritier

1987 - 1er Dan à 16 ans

1992 - création du kenpokan dojo

1993 - 2ème Dan

1994 - Mort d'Otoshiro Nakayama

1996 - champion du monde de kenpo

1997 - La mort me rate encore une fois

1998 - 3ème Dan

2004 - 4e Dan

2007 - Dojo à la rue Locarno

2012 - 20 ans du club

 

Cet interview a été effectuée en 2011 par Aurore Chardonens dans le cadre de son travail de fin d'études.

Interview de Kyoshi Carlos Santos – Gardien des Secrets

Lors de mon interview de Maître Santos j'ai eu un choc auquel je ne m'y attendais pas. Bien sûr je le côtoie à tous les entraînements mais là en tête à tête j'ai découvert la vie de ce jeune Maître, qui à 34 ans s'est retrouvé à la tête du kenpo mondial. Son histoire est un roman, rempli d'exploits, de larmes et de joies. Sa force est un exemple pour nous tous. Comment d'un drame il a fait une histoire à faire rêver…

Lors de notre entretiens je me suis surprise avec les larmes aux yeux tellement son histoire m'a émue. 30 ans d'arts martiaux et des siècles de connaissance.

Notre entretient je vous le livre ici pour que vous puissiez, vous aussi, connaître cet homme plus en profondeur.

Je vous donne ici un voyage dans l'histoire avec une encyclopédie vivante des arts martiaux et du ZenSho Shorinji KenpoRyu.

Je vous présente le dernier des gardiens d'une tradition longue de 10 siècles.

 

1.    Pouvez-vous nous expliquer vos débuts dans les arts martiaux ?

Mes débuts dans le kenpo remontent à 1 980. A cette époque nous pratiquions un kenpo beaucoup plus rude, plus martial. J'étais seul élève avec les enfants de mon Maître. Nous étions trois et les entraînements se passaient à la maison, on poussait les meubles, on allait en forêt, à la plage, enfin partout où on pouvait s’entraîner  Les entraînements étaient plus familiers mais également beaucoup plus durs… Le Maître n'hésitait pas à nous donner des coups de bâton sur la tête si ça ne se déroulait pas comme il le souhaitait.

De même que les buts recherchés en kenpo n'étaient pas les mêmes. Aujourd'hui le kenpo est basé sur la compétition sportive alors que de mon temps seul comptait la survie… nous ne faisions que de la self défense et du combat de survie. Chaque action se devait de finaliser l'adversaire… définitivement. Toujours un souci d'efficacité en combat.

 

2.    Qu’est ce qui vous a attiré dans le kenpo pour en faire métier ?

Lorsque l'on commence les arts martiaux, on ne le fait jamais pour en faire son métier. C’est les circonstances de la vie qui en ont voulu ainsi. Le kenpo a toujours été un art transmis de Maître à disciples. Je suis un des premiers Maîtres à le transmettre d’une façon professionnelle.

Lorsque j’avais quatorze ans mon Maître m’a désigné Hériter-Successeur de notre art. Je suis actuellement le Grand Maître du style. Mon titre est Gardien de Secrets. Et tout naturellement je n’avais pas d'autre choix, j’étais obligé de le développer, en tout cas de le transmettre à quelqu’un. Et dès que j’ai déménagé en Suisse, dès que je me suis senti près, j’ai commencé à enseigner le kenpo. Et tout naturellement c’est devenu un métier, mais à aucun moment je l'ai planifié pour en faire mon métier. Dans le passé, à aucun moment même je n’ai pensé à ça. Ce n’est que les circonstances de la vie qui on fait que j’en ai fait mon métier à vie.

 

3.    Depuis combien de temps en pratiquez-vous maintenant ?

Comme j’ai dit avant, j’ai commencé en 1980 ça fait 31 ans que je pratique le kenpo.

 

4.    Avez-vous passé tout votre apprentissage en Thaïlande

Le kenpo n’est pas du tout Thaïlandais. Le kenpo comme tu le connais est Japonais, tu sais comme moi que je fais aussi de la boxe thaïlandaise, le Muay Thaï. Donc tout mon apprentissage de Muay Thaï je l’ai fait en Thaïlande même si j’ai commencé ici en Suisse.

Mais mon apprentissage dans le kenpo ne vient pas du tout de Thaïlande. J’ai commencé le kenpo au Portugal. J’ai pratiqué avec mon Maître de 1980 à 1986 et ensuite j’ai déménagé en Suisse. Je retournais alors 1 à 2 fois par année pour continuer à m’entrainer jusqu’à la mort de mon Maître qui est survenue en 1994. Donc enfaite les quatorze premières années de kenpo je les ai passées avec mon Maître. Ensuite quand il nous a quitté j’ai du apprendre à me débrouiller tout seul en fait. Quand je suis devenu un "peu plus adulte" j’ai fait des stages au Japon où j’ai retrouvé les racines du kenpo où j’ai été reçu par le roi d’Okinawa. Actuellement il n’est plus roi d’Okinawa puisqu’Okinawa est une préfecture Japonaise. Lorsque J'ai été présenté à l’actuel "roi d’Okinawa", lors d'une cérémonie officielle, j’étais présenté comme le capitaine de la garde. Parce qu'en tant que Maître Successeur du kenpo ce titre vient avec la fonction. Et là on est vraiment revenu sur la tradition, c’était une cérémonie qui ne c’était pas faite au moins depuis cent ans. C'était très émouvant de faire la cérémonie d’allégeance au roi d’Okinawa.

Mais encore une fois ce n'était pas du tout en Thaïlande, c’était au Japon.

 

5.    Comment vous êtes-vous senti lorsque nous êtes passé du statut de disciple à celui de Maître ?

Très triste, parce qu’il y avait beaucoup de responsabilités. Déjà quand on passe sa ceinture noire, moi déjà j’étais le plus jeune ceinture noire de kenpo. Je suis le plus jeune premier dan, je l’ai passé à seize ans. Ce qui chez nous est assez rare parce que il faut dix-huit ans pour passer ce grade.

Lorsque j’ai reçu mon Menkyo-Kaiden c’était en 2004, j’avais 34 ans. J’ai été le plus jeune Maître 4ème Dan de l’histoire du kenpo. Je suis le plus jeune Gardien des Secrets et c'est une lourde responsabilité. C’est beaucoup de choses qui vous tombent sur la tête d'un coup. Outre le titre de capitaine de la garde, qui est un titre honorifique, vous devenez surtout le chef de file de tout un système qui est actuellement développé partout dans le monde.

Le kenpo il a failli disparaitre au cours du 20ème siècle. C’est par le renouveau que j’ai réalisé dans les années 90 que le kenpo à survécu et qu’actuellement on est en plein essor. Mais on a vraiment failli tomber dans les oubliettes et j’ai failli être le dernier Maître de l’histoire du kenpo. Je parle toujours de notre style car il y a encore beaucoup d’autres styles de kenpo.

Ce qui fait que, quand j’ai réalisé la tache qui m’attendait, j’ai un peu paniqué, j'avoue, je me suis senti un peu petit, déjà que je ne suis pas très grand mais là je me suis vraiment senti très petit parce que ça fait beaucoup sur les épaules d’un seul homme mais après il faut se dire qu'il faut bien qu’il y aie quelqu'un qui le fasse. Si le destin m’a choisit c’est qu’il y avait une raison, alors je ne peux qu’essayer de faire de mon mieux. Si mon Maître m’a fait confiance c’est qu’il avait ses raisons, si les Maîtres d’Okinawa m’ont fait confiance c’est qu’il y avait des raisons alors moi ce qu’on va dire c’est que j’ai accepté ce fardeau. En fait j'ai des bonheurs absolument merveilleux avec mes disciples donc c'est avec plaisir que je le porte.

Mais je dois avouer que des fois c'est très dur à porter… on se sent très seul… mais d'un autre côté il y a une joie immense car j'ai quand même un statut unique au monde. Etre le capitaine de la garde Royale d'Okinawa est unique et je suis fier d'en être le dernier de la lignée. Mon successeur prendra la relève et j'en suis sur portera le titre avec autant de dignité et de fierté que moi.

 

6.    Quel a été le Maître vous ayant transmis la connaissance de cet art ?

Mon Maître s’appelle Otoshiro Nakayama. Il était Okinawaïen, réfugié au Portugal suite à quelque désagrément encouru à Okinawa. J’ai jamais vraiment compris comment est ce qu’il a atterri là-bas. Mais encore une fois je pense que c’est le destin. Parce que c’est aussi le destin qui m’a fait que je le rencontre, jamais je n'aurais du le rencontrer.

Pour l’histoire, mon père est décédé en 1978 et à sa mort j’ai déménagé justement dans le sud chez ma tante où lui il habitait. Donc enfaite je n’aurai jamais du le rencontrer. Il n'aurait jamais du être au Portugal et je n’aurai jamais du allé dans le sud du Portugal si ma vie se serai encouru "normalement". Le destin a voulu qu’il vienne au Portugal, que mon père décède et que nous nous rencontrions. Donc ca fait beaucoup de "hasards" pour que je dise que ce soit du hasard, je pense que ça a été prévu et programmé par quelque chose de supérieur à nous et on va dire que "le hasard fait bien les choses".

Et là le hasard a fait que je l’ai rencontré, c’est lui qui m’a tout transmis. C’est lui qui m’a fait confiance, c’est lui qui m’a aimé comme un fils. Quand j’étais à la maison chez eux j’étais considéré comme son propre fils, il n'a jamais fait de différence. D’ailleurs quand il a choisit le successeur il n'a pas choisi un de ses enfant, il m'a choisi moi. Donc je suis le premier "blanc", non japonais, à être le capitaine de la garde ce qui est un grand honneur pour moi.

Quand on sait que les Japonais sont quand même d’une xénophobie et d’un raciste sans nom. D’avoir choisi un blanc pour le capitaine de la garde d’Okinawa c’est quand même quelque chose d’assez exceptionnel.

Donc tout ça fait que je lui dois beaucoup à ce bonhomme. Souvent je dis que c’est le "vieux singe" pour fait allusion au vieux sage mais c’est vrai qu’il m’a donné un cadeau je dirai des fois presque empoissonné… mais non parce qu'évidemment je le prends comme je l’ai pris; c’est mon destin, je vais l’accomplir jusqu’au bout.

 

7.    Avez-vous un sentiment particulier pour lui aujourd’hui?

Ben c’est un deuxième père pour moi. Donc à la mort de mon père c’est lui qui m’a éduqué. C’est pour ça que j’ai une éducation un peu différente de l’éducation européenne, même si je suis européen. Mais j'ai été éduqué dans une ambiance très asiatique. Je passais presque plus de temps chez lui que chez moi. Je finissais souvent mes devoirs chez lui, on se voyait tous les jours. A l’époque on faisait pas deux entrainements par semaine d’une heure et demie. Faut dire que chaque fois que j’allais chez lui on faisait du kenpo. Donc c’était des fois des exercices du style on rentrait dans une pièce, il nous disait trouver dix objets qui pourraient vous servir en cas d’agression. Alors on rentrait dans la pièce et on essayait de trouver dix objets qui pourraient nous servir en cas d'agression. Ça c’est du kenpo aussi. On était en train de manger d’un coup il arrivait et il essayait de nous mettre une claque derrière la nuque, pis nous on essayait de pas la recevoir parce que ça faisait mal.

Donc on était tout le temps en alerte, tout le temps prêts à recevoir une attaque, tout le temps prêts à attaquer aussi. Donc l’entraînement commençait dès que je franchissais le seuil de sa porte, donc des fois on arrivait et il nous lançait des balles de tennis sur la tronche juste pour voir si on réagissait. Pis il disait que ça aurai pu être un couteau, il fallait vraiment tout le temps en alerte. Ce qui fait que j’ai beaucoup de sentiments pour lui, on va dire amicaux et aussi familiaux.

A la mort de mon père j’avais 8 ans. C’est vrai que je me suis attaché à lui on va dire comme père de substitution. Une fois par exemple, il y avait une petite foire. C’était une petite foire ambulante avec les carrousels dans la ville où j’étais. Et ma mère travaillait en Suisse, elle nous envoyait l’argent pour que je puisse vivre là-bas auprès de ma tante, et c’est vrai je n'avais pas des tonnes d’argent, j’ai jamais eu des tonnes d’argent. Tous les enfants avaient des petites pièces dans la poche pour aller s’amuser à la fête foraine et moi je n'avais rien. J’étais là et j’allais rentrer à la maison alors il s’est glissé derrière moi et il m’a mis trois pièces dans la poche, pis il m’a dit "va t’amuser avec eux! " ça c’était génial donc, ça c’est le genre de chose que je n’oublierai jamais. Ce sont des petites histoires qui font partie de la grande histoire comme on dit; mais bien sûr pour la plupart des gens ça rime à rien mais pour moi ça a changé ma vie. Aujourd’hui encore ça change ma vie vu que c’est avec le cadeau qui m’a fait que je vis et que je mange tous les jours. Je ne peux qu’avoir des sentiments envers le vieux singe qui sont plus qu’amicaux, ils sont familiaux, pour moi c’est un père.

8.    Avez-vous eu des fonctions particulières, lorsque vous travaillez dans la sécurité ?

Quand j’ai travaillé dans la sécurité j’ai eu quelques fonctions particulières.

Outre les fonctions de chien de garde à la porte comme la plupart des gens qui font de la sécurité. J’ai été garde du corps, ça c’est déjà une fonction relativement particulière. Pour moi c’était assez significatif parce que comme le kenpo était l’art qui protégeait la famille royale d’Okinawa. Quand j’ai commencé ce métier de garde du corps c’était un peu un retour aux sources.

Donc pour moi c’était en fait faire mon vrai métier, protéger. Le métier d’un kenpoka c’est de la protection. J’ai protégé aussi des gens importants, très cons, des très cools, mais voilà c’était ce qui me faisait manger.

 Dans la sécurité elle-même, maintenant on parle de sécurité, j’ai été chef d’équipe où là je devais organiser l’équipe, organiser les fonctions, organiser les rondes. J’ai aussi du faire en sorte de calmer les esprits dans certaines situations. Ça c’est aussi une situation particulière parce que ça c’est aussi tout un travail où tu peux être le meilleur au monde mais quand quelqu’un arrive avec cinq, six ou dix mecs pis qu’ils sont là et qu’ils sont prêts à en découdre tôt ou tard tu vas tomber.

Donc t’as intérêt à négocier, à calmer les esprits, et t’as intérêt à faire en sorte que la situation n’explose pas. Parce que si ça explose t’as aucune chance d’arranger après. Et ça c’est dommage, pour moi le vrai métier d’agent de sécurité c’est faire en sorte qu’une bagarre n’intervienne jamais. Moi je me disais toujours quand je rentrais à la maison après une journée de boulot c’est super bien passée s'il n'y a pas eu d’embrouilles. Pour moi ça c’était une journée qui a été bien réalisée pour la simple raison que j’ai fait mon métier. A ce moment là je savais que mon job avait été bien fait. Si j’avais dû intervenir c’est qu’il y avait eu une faille quelque part. Donc des fois ce n'est pas forcement de ma faute mais y’a eu un facteur déclencheur que je n'ai pas su résoudre et que ça a mené à ce qu’il y aie une bagarre. C’était un jeu d’échecs, c’était de résoudre les problèmes avant que ça n’explose, avant que ça ne créée une bagarre. Des fois c’est tout simplement impossible.

Mais en gros dans les métiers de la sécurité t’es toujours un con quoi que tu fasses t’es toujours le con de base. T’es toujours le con qui est a la porte, t’es toujours le trou du cul qui est à la porte. Par contre c’est très joli pour draguer les filles.

 

9.    Quel est le style que vous avez créé en temps de Maître ?

En tant que Maitre, moi, en 94 j’ai pris l’option de ne pas créer de style par contre en tant qu’art martial destiné au grand public j’ai pris aussi une décision qu'était de le rendre plus accessible.

Donc la partie de self-défense et la partie de destruction je les ai un peu enlevé, enfin pas enlever mais réserver au stade supérieur, et je l’ai orienté plutôt vers la compétition vu que c’est la compétition qui m’attire le plus d’élève et qui a permis et qui va permettre au kenpo de survivre. Si j’avais gardé la fonction juste garde du corps, art de guerre, je pense qu’actuellement le kenpo seraient mort ou au pire j’aurai un deux ou trois élèves mais c’est tout.

Jamais il ne connaitrait de grande destiné. Alors moi en temps de Maître j'ai décidé de le rendre populaire et de le rendre accessible à tout le monde. Donc pour rester fidèle à mes idéaux c’est un art de combat intégral à frappes réelles. Il fallait savoir se battre autant à main nues qu’armé, il fallait intégrer un maximum de techniques qui n’était pas au programme dans le kenpo et c’est là que moi j’ai étudié d'autres arts martiaux comme le judo, le jujitsu mais aussi la lutte. Des parties de lutte debout et au sol. C'est mon plus grand ajout au kenpo. Le rendre populaire et le rendre accessible à tout le monde par le sport. Alors qu’à l’origine ce n'est pas du tout un art sportif.

 

10. Combien d’élèves comptez-vous dans votre école ?

A Fribourg on compte une soixante d’élèves. Pas tous dans le kenpo. Donc dans le kenpo y’en a 27 je crois. Sinon on a aussi une section Muay Thaï qui a aussi une trentaine d’élèves et aussi la section Aikibujutsu qui est la partie armée du kenpo mais qui a été séparée depuis longtemps. C’est l’ajout on va dire japonais du kenpo et moi je les ai séparé et là y’en a que 4 c’est aussi beaucoup plus privé, beaucoup plus intime on va dire. Mais sinon le kenpo est encore pratiqué à Okinawa sous une forme qui s’appelle le Udunti. J’ai aussi un de mes anciens élèves qui est en Belgique et je sais qu’il dispense des cours là-bas mais je pense qu’il fait plutôt la partie sportive du kenpo ce qui fait que ce n'est pas exactement ce qu’on fait nous mais tôt ou tard il va rejoindre le mouvement parce qu’il va grandir un peu et puis il va se dire qu’il faut que renouer avec la tradition, enfin je l’espère.

 

11. Avez-vous un proverbe ou une citation que vous aimeriez partager ?

Oui tout plein. Une que j’aime bien c’est Shikken Chobu, c’est le cri de guerre de la garde royale d’Okinawa ca veut dire, vaincre ou mourir. Donc ca veut tout dire. Sinon y’en a une que j’aime bien aussi c’est la garde meurt mais ne se rend pas. Ça c’est des proverbes que nous on a. Je dis tout le temps à mes élèves quand on est en train de travailler et qu’ils sont en train de pleurer et de se plaindre c’est souffre en silence. C’est un peu les trois proverbes que j’utilise le plus dans le kenpo. Mais évidemment Shikken Chobu c’est plus important vu que c’est une citation qui était le cri de guerre de la garde royale d’Okinawa. Donc à chaque fois qu’ils partaient en combat ils y allaient en criant Shikken Chobu. Ça veut dire ce que ça veut dire ils n'allaient pas pour faire les prisonniers et pas de retraite possible.

 

12. Quels sont les points forts du kenpo ?

C’est le plus bel art martial au monde déjà pour commencer. Les points forts du kenpo et qui sont aussi ses points faibles est sa complexité. Il est très complet.

Il est vraiment très difficile à maîtriser, il faut vraiment beaucoup de courage pour réussir à le comprendre. On a des frappes, on a des projections, on a du combat au sol avec et sans frappes, on a des armes, on a des techniques de self-défense très efficaces, on a des techniques de développement interne, pour développer le principe de l’énergie intérieur, le fameux Ki.

Tout doit se passer ensemble pour que ca fasse un art cohérent. Donc on ne fait pas du nunchaku, du couteau, du sabre, du karaté, du judo, du jujutsu. Non non non ! On fait du kenpo. C’est un art que même si j’ai un sabre dans la main, je peux très bien saisir l’adversaire, le découper, lâcher mon sabre, repartir à mains nues, reprendre mon sabre et entre deux sortir un couteau. Tout ça doit être fluide. On doit pouvoir enchainer tout ca de façon naturelle. Ce qui fait que c’est un art merveilleux à étudier mais c’est hyper complexe. Il faut vingt ans pour commencer à faire le tour du kenpo et après ces vingt ans on se rend compte qu’on en a encore beaucoup à apprendre. Donc c’est très découragent.

 

13. Y’a-t-il d’éventuels points faibles ?

Comme je l’ai dit avant, ses points faibles c’est aussi sa complexité, ça décourage beaucoup de monde. Les gens au début quand ils arrivent font que la partie mains nues, plutôt basée compétition, mais aussi basé sur la self-défense. Mais dès qu’ils commencent à un stade supérieur je deviens beaucoup plus exigeant.

Ça devient des gens qui commencent à avoir une grande connaissance des arts martiaux et faut pas oublier une chose le titre suprême du kenpo c’est Grand Maitre des Arts. Dans le kenpo on part du principe qu’on doit maîtriser tous les arts. Donc même si maintenant y’a quelqu'un qui arrive et qu’il me fait du kung-fu wushu, je dois pouvoir réaliser et analyser sa techniques et en ressortir ce qu’il y a de mieux dans cette technique parce que justement en temps que Grand Maître des Arts, je dois pouvoir l’analyser et la décortiquer tout de suite. Et ça, ça fait peur au gens parce qu’ils se disent y’en a beaucoup en chantier.

Et surtout une chose, les arts martiaux en général mais surtout le kenpo en particulier c’est un art martial qui se pratique toute la vie. Donc on se rend compte, là moi j’ai trente ans de pratique je sais que j’ai encore beaucoup à apprendre, qu'il ya énormément de travail; et ca c’est un peu découragent.

C’est peut-être un point faible. Mais c’est un point faible qu’il faut intérioriser pour ensuite transformer en point fort. Faut surtout ne pas se laisser abattre.

 

14. Pratiquez-vous d’autres arts martiaux ?

Tous plein! Comme je suis le prochain "Grand Maître des Arts", en principe.

Oui alors actuellement dans mes titres je suis 4ème dan de kenpo donc je suis l’actuel "Gardien des Secrets". Je suis aussi 4ème dan aikibujutsu, qui est la partie des arts martiaux qui étaient travaillé par les samouraïs, qui englobe beaucoup plus le sabre, la lance, l’arc... etc. Et une partie à mains nues qui s’appelle aikijutsu. Je suis ceinture noire de karaté shotokan, je suis ceinture noire de karaté kyokushinkai.

Je continue ? Je suis expert en Muay Thaï. Je suis expert en self-défense. Je suis actuellement parmi les plus grands experts de combat au couteau au monde. Je donne des stages régulièrement à gauche à droite justement en couteau. Je suis un expert en armes donc je maîtrise à peu près 18 arts martiaux différents en armes. Entre le sabre, le bâton, le nunchaku, le tonfa, la chaîne, y’a vraiment beaucoup d’arts martiaux donc ça vient après avec mon titre. Le kenpo intègre tous ces arts martiaux si tu veux dedans. Donc il faut savoir qu’il y a des gens qui étudient ces arts martiaux un à un. Tout ça nous c’est intégrer dans le kenpo. Donc effectivement quand on porte un grade en kenpo on porte un grade dans n’importe quel art martial. Mais outre le kenpo je suis 4ème dan de karaté hakutsuruken, ca veut dire karaté de la grue blanche donc c’est purement okinawaïen.

Je suis aussi ceinture noire en jujitsu, et j’ai après pratiqué d’autre arts comme la boxe, de la lutte.

Mais ça c’était justement une recherche intérieure qui ont complété mon kenpo enfaite. C’est pour le rendre plus efficace.

D’ailleurs pourquoi je suis venu au Muay Thaï? C’est qu’à l’époque que je faisais de la compétition je me suis dit qu’il fallait que j’améliore mes frappes. Pourtant je frappais très fort mais je sentais que je frappais comme une fille, alors je me suis dit qu’il fallait que j’améliore mes frappes et pis j’ai analysé les arts martiaux de frappe qui existaient et que je connaissais et mon choix c’est arrêter sur le Muay Thaï. Alors je me suis dit "tiens je veux étudier ça plus profondément". Et c’est comme ca que j’ai commencé à étudier le kick boxing ici en Suisse et connu maître Handy Hug, qui est un très grand expert de Muay Thaï et de kick boxing. Après par la suite je me suis dit, "il faut que j’aille en Thaïlande parce que je veux apprendre là-bas voir comment ça se passe. Je veux apprendre la racine parce qu’apprendre à frapper dans un sac n’importe quel imbécile peut le faire. Mais après il faut savoir les racines de l’art". Pour les racines de l’art t’es obligé d’aller là où elles ont commencé. Et pour le Muay Thaï c’est en Thaïlande. Et c’est comme ca que j’ai commencé à entraîner le Muay Thaï j’ai commencé entre 97. Et 2007 j’ai ouvert une section de Muay Thaï.

Donc j’ai pratiqué plusieurs arts martiaux mais maintenant évidemment je me consacre au Kenpo, au Muay Thaï et à Aikibujutsu. Donc aux arts martiaux qu’on travaille au dojo. D’autres comme le karaté j’enseigne plus, j’ai juste deux élèves qui veulent passer des grades en karaté mais c’est exceptionnel, j’enseigne vraiment à titre privé le karaté même si je suis un des plus grands experts de karaté d’Europe.

 

15. Qu’est ce que cela représente pour vous ?

Ben c’est ma vie. Non c’est clair, le kenpo je ne peux pas dire que c’est un à coté, que c’est un sport que je fais comme ca, déjà ce n'est pas un sport c’est un art à part entière. Et évidemment au moment où l’on arrive au stade où j’en suis ça représente beaucoup et j’ai fait passé le kenpo devant toute ma vie. Donc à chaque fois que j’avais des choix, j’ai toujours fait passer le kenpo avant. C’est une promesse que j’ai fait à mon Maître, je lui ai promis que je ne laisserai pas le kenpo mourir. Et je compte bien tenir ma promesse, donc la seule chose qui pourrait faire que je ne tienne pas ma promesse c’est si je meurs prématurément. Je ne compte pas mourir de ci-tôt. Mais si ça n’arrive pas je pense que le kenpo survivra.

 

16. De quelle manière percevez-vous cet art ?

De part le fait que c’est ma vie je ne peux que le voir de manière intégrale. Pour moi tout est kenpo. J’ai encore cette sale habitude quand je rentre dans une pièce de scanner toute la pièce, pour voir si je trouve quelque chose qui puisse m’aider en cas de combat. Et c’est très dérangent parce que je suis toujours sur le qui-vive. Donc chaque fois que je rentre dans une pièce et que je ne connais pas les gens, je fais toujours un scanne pour voir quels sont les points faibles de la pièce, de la personne, est ce que je peux trouver une arme à porté de main ou quoi que ce soit.

Donc le kenpo il régit ma vie. Je ne fais pas que du kenpo quand je donne mes cours de 18h30 jusqu’à 21h00 non non, je fais du kenpo entre minuit et 23h59. Donc automatiquement toute ma vie est régie par le kenpo.

 

17. Que pensez-vous de la philosophie de cet art ?

La philosophie pour le kenpo est la même que ce soit pour le karaté, pour le judo, pour le jujitsu, et c’est une philosophie, on va dire, qui devrait régir l’humanité. Bien sur l’art du kenpo ce n'est pas d’apporter la guerre même si c’est un art de guerre. Et comme l’a très bien dit Churchil, si tu veux la paix faut préparer la guerre. Et c’est vrai.

Alors moi je remarque une chose que je vois souvent avec des gens, si on sait que la personne ne ressemble à rien, que tu veux la faire chier, tu vas la faire chier. Par contre si on sait que le mec est ceinture noire de judo, de karaté, de jujitsu, bizarrement on va plus le faire chier, même que c’est toujours le même trou du cul mais on va plus l'emmerder. Et c’est triste.

Alors la philosophie c’est que si tu veux la paix faut préparer la guerre. Toujours dans le but de la préserver mais moi en cas d’agression physique je préfère être celui qui donne les claques plutôt que celui qui les reçoit. J’essaie toujours de dire à mes élèves et je le fais toujours, faut pas se bagarrer inutilement. Tout combat qui commence c’est un combat qui a déjà été perdu parce qu’on n'a pas pu le résoudre avant dans des voies diplomatiques. Mais si vous commencez un combat, faut aller jusqu’au bout. Et aller jusqu’au bout ça veut dire mettre votre vie en danger pour la défendre. Votre vie, celle de vos proches, celle d’un inconnu, moi ça m’est arrivé de défendre des gens que je ne connaissais ni en noir ni en blanc. Mais ils étaient en danger, alors c’était mon devoir en temps qu’être humain d’aller les aider. Surtout que j’avais la puissance et la connaissance pour le faire.

Evidemment maintenant si un pauvre gars est en train de se faire tabasser par vingt mecs, ça ne sert à rien que j’aille me faire tabasser avec lui. Je vais appeler la police et essayer de calmer la situation. Mais je n’irai pas me mettre moi-même en danger pour sauver un mec que je n'arriverai pas à sauver. Par contre si y’en a deux, trois, cinq qui sont en train de le tabasser, ben je vais aussi distribuer quelques claques. Ça me fera aussi de l’entraînement d’ailleurs, parce que des fois je m’en rouille.

Mais il ne faut pas philosopher trop. Les arts martiaux, ils sont faits pour la guerre, pour le combat, pour la destruction, y sont pas faits pour faire d’autre chose gentilles et sympathiques, se n’est pas vrai. Et les gens qui vous parlent de philosophie c’est soit des gens qui n'ont jamais pratiqué d’arts martiaux soit des gens trop faibles pour en pratiquer à fond. C’est ca le problème, c’est très beau de philosopher, mais quand y’a quelqu’un qui est en danger faut pas philosopher faut agir.